Lot n°0019

CURIOSA.- [Argens (attribué à Jean-Baptiste, Marquis d')]. - Thérèse philosophe. S.l.n.d. (après 1748 et avant 1771), 2 tomes in-12, faux titre, frontispice, 182 p., 1 f. blanc ; faux titre, 188 (la dernière blanche) p., reliés en 1 vol., bradel demi vélin blanc à coins de la fin du 19e s, dos lisse, titre et filets dorés, les titres gravés manquent, qq. rouss., taches brunes à 1 planche, taches foncées à qq. ff. Orné d'un frontispice (sur 2) et de 12 figures libres gravées en bistre (sur 24). D'après Cohen, ces gravures sont attribuées au dessinateur hollandais Delcroche. Très rare édition ancienne (Cohen, 734 ; Pia, 1422). Principalement considéré comme un des premiers romans pornographiques, "Thérèse philosophe" s'inspire d'un fait divers qui eut lieu en 1731, passionna la France et prit valeur de symbole au sein des querelles religieuses et anticléricales. Jean-Baptiste Girard (1680-1733), jésuite dévoué, d'abord professeur et prédicateur apprécié, fut nommé recteur du séminaire royal de la marine à Toulon. De nombreuses pénitentes le choisirent pour directeur, dont l'une, Catherine Cadière, particulièrement mystique et falsificatrice, le mena à sa perte auprès d'un janséniste ennemi en l'accusant de séduction, d'inceste spirituel, de magie et de sorcellerie. À peine âgée de dix-huit ans, Catherine Cadière était une jeune et jolie pénitente de bonne famille mais nourrie de lectures illuminées. Elle passait dans son quartier pour une sainte, férue de miracles et autres désirs d'apparitions. Un jeûne prolongé durant le carême l'affaiblit et favorisa son zèle visionnaire alors qu'elle demeurait alitée. Son confesseur, le père Girard, la trouva ensanglantée d'une plaie au flanc gauche qu'elle disait provenir d'un ange apparu au cours de son sommeil. Le religieux l'examina ; dévot mais non dupe et, semble-t-il, intègre, il l'avait assistée jusque-là dans ses extases et excès mais préféra dès lors rompre avec sa protégée. Celle-ci lui en tint rigueur au point de le dénoncer pour abus, ce qui valut à l'intéressé un procès retentissant. Le procès fut animé de fervents débats qui aboutirent à la relaxe du père Girard en octobre 1731 à une seule voix de majorité, douze juges sur vingt-cinq l'ayant condamné à être immolé. Cette affaire célèbre (connue par un "Recueil général des pièces concernant le procès entre la demoiselle Cadière, de la ville de Toulon, et le père Girard, jésuite, recteur du Séminaire royal de la marine de ladite ville", La Haye, 1731) donna lieu à de nombreux commentaires, alimenta les polémiques pour les années à venir et inspira notamment ce fameux texte libertin paru en 1748 : "Thérèse Philosophe". Texte anonyme, il fut attribué sous réserves au Marquis d'Argens, Dirrag et Éradice étant les anagrammes de Girard et Cadière. (Cf. Romans libertins du XVIIIe siècle, Paris, Robert Laffont, 1993, "Introduction, par Raymond Trousson", pp. 559 à 573).
Estimation: 100/150€
Adjugé: 300€